La vitamine D : leurre ou miracle ?


En un clin d’œil

Une insuffisance en vitamine D – signalée par son taux sanguin- est associée à une augmentation de beaucoup, voire de la plupart des maladies. Une complémentation en vitamine D pourrait-elle corriger nos déficits ? Et réduire la survenue de ces maladies ?

En pratique, les compléments en vitamine D sont efficaces contre les chutes et les fractures, les poussées aiguës d’asthme et… la mortalité générale. Les très récentes recommandations européennes en vitamine D ont été portées à 600 UI par jour pour la population générale. Cet objectif est inatteignable avec la seule alimentation (non complémentée). Plus de 80% d’entre nous sommes déficitaires en vitamine D, surtout en hiver.

En dehors de l’été où l’exposition solaire nous permet de fabriquer de la vitamine D, seuls des compléments permettent de couvrir ces besoins.

La vitamine D provient aussi des effets du soleil (UV) sur le cholestérol, à travers la peau

Photo Pixabay – Ana_J

 


Suite à une étude ne montrant pas de lien protecteur entre la vitamine D et une maladie, un journaliste médical commentait : « La vitamine D : enfin une chose qu’elle ne fait pas ».

 

Le potentiel impressionnant de la vitamine D

En effet, la liste des maladies associées à une insuffisance en vitamine D est très, très longue. Citons : asthme, infections, maladies pulmonaires, maladies auto-immunes, arthrites inflammatoires, déclin cognitif et maladie d’Alzheimer, maladies cardiovasculaires, diabète, ostéoporose et fractures, chutes, force musculaire, rachitisme bien sûr, dépression, sclérose en plaques, cancers colorectal, du sein, du pancréas, du poumon, dépression et pour clôturer le tout, la mortalité générale. En clair, ces maladies surviennent plus fréquemment quand le taux sanguin de vitamine D est bas.

La voie vers une panacée universelle ?

Toutes ces découvertes ouvraient l’espoir d’une amélioration de santé publique rapide et à peu de frais. Il est en effet facile d’améliorer une insuffisance en vitamine D dans le sang, en consommant ladite vitamine. Néanmoins, observation n’est pas causalité, et les bénéfices supposés doivent être confirmés par des tests cliniques, complémentation en vitamine D contre placebo, pour s’assurer de l’authenticité du rôle du nutriment.

les compléments en vitamine D jouent un rôle important

Photo Pixabay – PublicDomainPictures

Retour aux réalités

Ont donc suivi des cascades d’études expérimentales. A vrai dire, la conception de ces expérimentations n’est pas si simple, car il existe différentes formes de vitamine D (D2 ou D3). L’échelle des doses est potentiellement très large (de 200 à 5000 UI par jour).  Les modalités d’administration sont nombreuses, de la charge annuelle à de petites doses quotidiennes. Enfin  la durée des tests va de quelques semaines à plusieurs années, sans compter les caractéristiques des personnes étudiées (âge, état de santé…). Ajoutons que si la prise de vitamine D en augmente la concentration dans le sang, elle est loin d’être le seul acteur. L’exposition de la peau au soleil, des facteurs génétiques et l’alimentation interviennent aussi.

 

Promesses tenues et déceptions

A date, et selon les protocoles réalisés, les bénéfices de la vitamine D en complémentation n’ont pas été confirmés pour la prévention des maladies cardiovasculaires, cancers, arthrite, déclin cognitif et maladie d’Alzheimer, infections, diabète, maladies inflammatoires, dépression ; cela ne veut pas dire que la vitamine D n’a pas d’intérêt contre ces maladies mais le mode d’efficacité, si efficacité il y a, est plus compliqué.

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En revanche, la vitamine D améliore l’asthme, notamment de l’enfant. Elle améliore la force musculaire et réduit les chutes (à tous âges), le risque de fracture, éventuellement avec du calcium et de l’activité physique. Enfin, bénéfice de poids, elle réduit le risque de mortalité générale de 7 à 10% environ, selon les études disponibles.
Finalement, si les discordances entre observations et expérimentations pour certaines maladies sont déconcertantes, il reste que les bénéfices objectivés de la vitamine D, sur la mortalité notamment, sont importants.

 

Zoom sur les bénéfices de la vitamine d

Contre les fractures ostéoporotiques

Une association de vitamine D de l’ordre de 800 UI par jour avec du calcium 1000 mg par jour réduit le risque de fracture de la hanche de 30% et des vertèbres de 15%, chez des séniors.

Sur la force musculaire et les chutes

La vitamine D augmente aussi la force musculaire et le risque de chutes, chez les séniors et les adultes plus jeunes, comme des danseurs. Les doses sont de 1000 UI chez les séniors ; et à titre indicatif, chez des danseurs professionnels âgés de 30 ans en moyenne, 2000 UI voire plus.

La vitamine D a des effets sur la force musculaire

Photo Pixabay – tpsdave

Contre l’asthme

La vitamine D pour des doses de 500 à 1200 UI par jour semble réduire les poussées paroxystiques d’asthme, notamment chez les enfants.

Sur la mortalité

La vitamine D3 en compléments (mais pas la vitamine D2), réduit la mortalité générale de l’ordre de 6 à 11% dans les populations étudiées. Les effets sont observés à tous âges chez les adultes, et sont d’autant plus marqués qu’il y avait un déficit à la base. Les doses efficaces sont de l’ordre de 600 à 800 UI notamment. Cette efficacité sur la mortalité générale, mais aussi cardiovasculaire générale, par cancers et autres suggère que les bénéfices de cette vitamine sur les maladies n’ont pas encore été bien explorés.

 

Amorces d’actions en santé publique

L’Agence européenne de sécurité alimentaire EFSA vient d’élever le niveau des recommandations en vitamine D de 200 à 600 UI/j.

Reste qu’il est illusoire de trouver les 600 UI dans l’alimentation. Prenons des champions de la vitamine D, hareng,  maquereau ou la sardine, il faudrait en prendre  100 à 250 g /j pour couvrir ces besoins ! En été, on s’expose au soleil, et l’organisme produit de la vitamine D sous l’action des UV.  En dehors de l’été il est nécessaire de prendre des compléments pour assurer sa couverture quotidienne. On peut prendre par exemple de la vitamine D en gouttes journalières voire hebdomadaires, de 600 à 800 UI/j.

Photo Pixabay – MP1746

Il est fort possible que nos ancêtres, même en hiver, étaient davantage exposés que nous au soleil. Ils fabriquaient donc davantage de vitamine D et couvraient leurs besoins. Les habitants des latitudes nord, sous l’obscurité prolongée des hivers, se nourrissaient de poissons très riches en cette vitamine et n’étaient sans doute pas déficitaires non plus. La complémentation en cette vitamine pourrait répondre à la modification de nos modes de vie.

 

En savoir +

 Asthme

Dans cette revue, les auteurs relèvent que chez les enfants asthmatiques, la complémentation en vitamine D réduit substantiellement les poussées paroxystiques d’asthme. Vitamin D supplementation for the prevention of childhood acute respiratory infections: a systematic review of randomised controlled trials. Xiao L et coll, 2015. British Journal of Nutrition, doi : 10.1017/S000711451500207X. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26310436

Dans ce suivi d’une population en Israël, une déficience en vitamine D augmente le risque de poussées d’asthme de 25%. Vitamin D, asthma prevalence and asthma exacerbations: a large adult population-based study. Confino-Cohen R et coll, 2014. Allergy, DOI: 10.1111/all.12508. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25139052

De cette revue d’études expérimentales, les auteurs indiquent que la vitamine D est associée à une baisse de poussées d’asthme sévères et de la consommation de soins. Vitamin D for the management of asthma. Martineau AR et coll, 2016. Cochrane Database of Systematic Reviews. DOI:10.1002/14651858.CD011511.pub2. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27595415

Photo Pixabay – alfcermed

Cancer colorectal

Dans ce suivi d’Européens, un faible taux sanguin de vitamine D est associé à une augmentation de risque de cancer colorectal. Association between pre-diagnostic circulating vitamin D concentration and risk of colorectal cancer in European populations: a nested case-control study. Jenab M et coll, 2010. BMJ, doi: 10.1136/bmj.b5500. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20093284

Dans cette étude expérimentale, l’administration de 1000 UI par jour de vitamine D3 et de 1200 mg de calcium sur 3 à 5 ans chez des personnes qui ont des adénomes coliques (forme de pré-cancer), ne réduit pas la récurrence de ces tumeurs bénignes. A Trial of Calcium and Vitamin D for the Prevention of Colorectal Adenomas. Baron JA et coll, 2015. DOI: 10.1056/NEJMoa1500409. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26465985

Force musculaire, chutes

Dans cette étude chez des femmes post-ménopausées au Brésil âgées de 50 à 65 ans, la prise de 1000 UI de vitamine D3 par jour, 9 mois, augmente la force musculaire des membres inférieurs (test de la chaise) en comparaison des femmes du groupe placebo, qui perdent de plus de la masse maigre. Effect of vitamin D supplementation alone on muscle function in postmenopausal women: a randomized, double-blind, placebo-controlled clinical trial. Cangussu LM et coll, 2015. Osteoporos Int, doi: 10.1007/s00198-015-3151-9. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25956283

Dans cette étude expérimentale en Allemagne, l’administration de 1000 mg de calcium et de 1000 UI de vitamine D chez des personnes de 77 ans en moyenne réduit le nombre de “chuteurs” de 39% après 20 mois, en comparaison de l’administration de calcium seul. En outre, la force musculaire du quadriceps augmente et l’équilibre s’améliore. Effects of a long-term vitamin D and calcium supplementation on falls and parameters of muscle function in community-dwelling older individuals. Pfeifer M et coll, 2009. Osteoporos Int ;20(2):315-22. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18629569

Dans cette étude expérimentale au Royaume-Uni, des danseurs professionnels recevant 2000 UI/j de vitamine D3 pendant 4 mois en hiver, améliorent leur force musculaire isométrique et leur hauteur de saut, et ont moins de blessure que les témoins. The influence of winter vitamin D supplementation on muscle function and injury occurrence in elite ballet dancers: A controlled study. Wyon MA et coll, 2013. J Sci Med Sport. doi: 10.1016/j.jsams.2013.03.007. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23619160

De cette analyse d’études expérimentales, les auteurs déduisent que les compléments en vitamine D augmentent la force musculaire des membres. Les doses variaient de 4000 UI par jour à 60000 par semaine, l’âge de 20 à 30 ans. Effects of vitamin D supplementation on upper and lower body muscle strength levels in healthy individuals. A systematic review with meta-analysis. Tomlinson PB et coll, 2015. Journal of Science and Medicine in Sport, doi : 10.1016/j.jsams.2014.07.022. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25156880

Photo Pixabay – cnort

Dans cette étude expérimentale chez des seniors âgés de plus de 70 ans, l’administration de 8400 UI de vitamine D3 par semaine, sur 16 semaines améliore des mesures d’équilibre quand ces dernières étaient perturbées au départ. Once-weekly dose of 8400 IU vitamin D3 compared with placebo: effects on neuromuscular function and tolerability in older adults with vitamin D insufficiency. Am J Clin Nutr 2010;91:985–91. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20130093

De cette analyse d’études, les auteurs concluent qu’une concentration plus élevée en vitamine D dans le sang est associée à une augmentation de la vitesse de marche chez des adultes âgés. Vitamin D and walking speed in older adults: Systematic review and meta-analysis. Annweiler C et coll, 2017. Maturitas. doi: 10.1016/j.maturitas.2017.07.012. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29150169

De cette analyse d’étude, les auteurs relèvent qu’une prise de 700 à 1000 UI/j réduit le risque de chutes chez les personnes âgées, de 19% en moyenne. Des doses inférieures à 700 UI/j ne sont pas efficaces. Fall prevention with supplemental and active forms of vitamin D: a meta-analysis of randomised controlled trials. Bischoff-Ferrari HA et coll, 2008. BMJ, doi:10.1136/bmj.b3692.https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19797342

Fractures

De cette analyse d’un ensemble d’études, chez des personnes de 65 ans et plus qui ont déjà eu une fracture, l’administration de 800 UI de  vitamine D réduit une nouvelle fracture (de hanche) de 30%, et des fractures autres, de 14%. A Pooled Analysis of Vitamin D Dose Requirements for Fracture Prevention. Bischoff-Ferrari HA et coll, N Engl J Med 2012;367:40-9. DOI: 10.1056/NEJMoa1109617. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22762317

De cette analyse d’études, les auteurs relèvent que l’administration de calcium + vitamine D réduit le risque de fractures totales de 15% et celui des fractures de hanche, de 30%. Calcium plus vitamin D supplementation and risk of fractures: an updated meta-analysis from the National Osteoporosis Foundation. Weaver CW et coll, 2016. Osteoporos Int, DOI 10.1007/s00198-015-3386-5. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26510847

Longévité

De cette analyse d’études expérimentales, les auteurs déduisent que les compléments alimentaires en vitamine D réduisent le risque de mortalité générale de 7%. La dose moyenne était de 528 UI par jour. Vitamin D Supplementation and Total Mortality. A Meta-analysis of Randomized Controlled Trials. Autier P et coll, 2007. Arch Intern Med. 2007;167(16):1730-1737. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17846391

D’une analyse des études d’observations, les auteurs relèvent qu’un taux élevé de vitamine D dans le sang  est associé à une baisse de la mortalité ; d’une analyse des études expérimentales de complémentation en vitamine D, les auteurs identifient une diminution de mortalité générale de 11%, (objectivée aussi pour causes cardiovasculaires, cancers et autres) pour la vitamine D3 mais pas pour la vitamine D2. Vitamin D and risk of cause specific death: systematic review and meta-analysis of observational cohort and randomised intervention studies. Chowdhury R et coll, 2014. BMJ, doi: 10.1136/bmj.g1903. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24690623

D’une analyse des études d’observations, les auteurs relèvent qu’un taux élevé de vitamine D dans le sang  est associé à une baisse de la mortalité générale, cardiovasculaire, et par cancer chez les personnes qui ont eu cette maladie. Vitamin D and mortality: meta-analysis of individual participant data from a large consortium of cohort studies from Europe and the United States. Schöttker B et coll, 2014. BMJ, doi: 10.1136/bmj.g3656. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24938302

De cette analyse d’études expérimentales, les auteurs indiquent que seule la vitamine D3 (et non la D2) réduit la mortalité générale, de 6%. La vitamine D3 associée au calcium augmente le risque de calculs rénaux. Vitamin D supplementation for prevention of mortality in adults. Bjelakovic G et coll, 2014. Cochrane Database Syst Rev. doi: 10.1002/14651858.CD007470.pub3. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24414552

De cette analyse d’études expérimentales sur la complémentation à long terme, les auteurs relèvent une baisse de mortalité pour une durée de 3 ans au moins, de 6% ; l’effet est plus marqué chez les femmes, les personnes de moins de 80 ans, une dose de 800 UI au plus, et les personnes initialement en insuffisance en vitamine D. Meta-Analysis of Long-Term Vitamin D Supplementation on Overall Mortality. Zheng Y et coll, 2013. PLoS ONE. doi:10.1371/journal.pone.0082109. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24349197

Photo Pixabay –  qimono

 

Mai 2017 © VDLG

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